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20 mai 2008

Oeil-de-boeuf - Troisième partie

Voir les première et seconde parties.

Plusieurs options s’offraient donc à moi, incluant l’inutile appel du fou à la police et le retour immédiat au lit, avec cette fois un programme double de chant. J’optai plutôt pour ma seconde ballade extérieure de la soirée et la promesse que je m’informerais le lendemain des allées et venus de chacun des membres du couple divorcé en devenir.

Je me ré-habillai donc à la hâte dans l’espoir de surprendre mon suspect numéro un en route vers leur appartement. Peu probable me direz-vous? Je comptai toutefois sur sa propre présomption de sur-improbabilité que je sorte à sa poursuite.

J’en fut quitte pour une seconde ballade de santé. Je ne vis en effet ni rien ni personne de suspect durant mon parcours. J’eus toutefois l’étrange sensation à plusieurs reprises qu’on me suivait et qu’on m’épiait, sans toutefois être témoin de signes pouvant justifier mes impressions. Cette paranoïa aussi subite qu’aigue me laissa penser, de retour à la maison, que toute cette histoire de personnage à ma fenêtre n’avait été que le fruit de mon imagination. Pire encore, tout cela présageait probablement une psychose.

Le lendemain au boulot, je fus plutôt subtile dans mes questions afin de camoufler le mince fil duquel pendait mon fragile état psychologique. Aussi, malgré ma très bonne relation avec Madame, il m’a tout de même fallu commettre tous les détours de la conversation anodine pour arriver à la destination de mon enquête: elle était sortie chez une amie, pendant que lui serait allé à sa partie de soccer (pour ceux qui prennent des notes, leur toute jeune fille était demeurée seule à la maison, tard en soirée faut-il le rappeler. Autres ethnies, autres moeurs…).

Même si ma théorie de l’espionnage “Harlequin” tenait donc la route et grugeait un peu de terrain sur ma folie, je jugeai préférable de continuer à la tenir mort auprès d’elle. Je lui demandai toutefois subtilement ce qu’étaient les projets familiaux pour la soirée. Elle me dit qu’ils allaient à une rencontre de parents à l’école primaire de la jeune fille. Bon, ma soirée allait se dérouler sans histoire.  Enfin, c’est ce que je pensais…

Le soir venu, je m’étais à peine mis au lit qu’un bruit franc se fit entendre à ma fenêtre. Cette fois, aucun doute: la personne de l’autre côté voulait que je l’entende.

À suivre…

10 mai 2008

Oeil-de-boeuf - Seconde partie

Voir la première partie.

“Dormir tranquille” ne signifiait pas que je m’endormais aisément. J’avais besoin de berçeuses presque tous les soirs. Dans son livre “Ghost Rider“, Neil Peart, le célèbre batteur du groupe Rush, rappelle qu’il n’y a rien de mieux pour apaiser une âme blessée que de lui faire faire un tour, comme on promène un bébé pour le calmer. Moi, je cajolais mon âme esseulée et tourmentée en me chantant des chansons au moment de me mettre au lit.

Ce soir-là, je finissais mon tour de chant avec “Wonderwall” d’Oasis, quand j’entendis à travers ma voix un bruit sourd provenant de la fenêtre de ma chambre. Je cessai immédiatement de chanter et tentai de discerner l’imaginaire du réel à travers les battements de mon coeur qui voulait à ce moment m’avertir de l’efficacité de mon ouïe en se frayant un chemin hors de ma poitrine. 

J’en étais à ce moment convaincu: des pas qui semblaient vouloir se faire discret résonnaient dans l’entre cours en s’éloignant de ma fenêtre. Avais-je le courage de me lever pour aller vérifier? Et s’ils étaient deux et qu’un d’entre eux m’attendait à côté de la fenêtre avec une arme pour m’assaillir, puis très certainement me tuer après avoir constaté, par mon manque de richesse, que je n’étais finalement pas Liam Gallagher, le chanteur d’Oasis.

Je ne sais si c’était le désespoir qui avait commencé depuis quelques jours à m’habiter, mais je pris le risque de ne pas réfléchir, me leva d’un trait et me précipita sur le rideau que j’ouvris sec. C’était bien cela; un homme s’éloignait de mon regard d’un pas rapide en me faisant dos, m’empêchant ainsi de l’identifier. Son habillement et sa carrure ne laissaient toutefois aucun doute sur le fait que c’était un homme.

Je retournai m’assoir sur mon lit, tremblant et ne quittant toujours pas ma fenêtre des yeux. 

Et moi qui, déjà, d’ordinaire, avais de la difficulté à trouver le sommeil. En plus de la peur qui m’assaillait pour des raisons évidentes, mon cerveau fonctionnait à plein régime, cherchant de la matière à colmater le vide qui concluait chacune des théories explicatives que je pondais en rafale.

Était-ce un itinérant ou simplement un jeune voyou? Si oui, que faisait-il à ma fenêtre? Si c’était un voleur, cherchait-il simplement à savoir s’il y avait quelqu’un dans l’appartement? Mais non! J’oubliais que je chantais…

Ahhh! Mais si c’était le tortionnaire qui m’espionnait pour tenter de savoir si son épouse, probablement absente de la maison à ce moment même, était avec moi…?!

À suivre.

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