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19 août 2008

L’envahisseur – Première partie

La première action de Bernadin en cette chaude matinée du mois d’août fut de se précipiter dans son jardin, qui était situé tout juste derrière sa maison, afin de vérifier l’état de « la chose ». Il était encore vêtu de son pyjama, et à jeun de café, mais ne pouvait attendre tant la situation l’obsédait. Débout devant, il l’observait avec découragement en grommelant. Le monstre avait encore grandit, lui semblait-il.

L’arbuste qu’il avait planté là avec Adolphine le jour de leur dixième anniversaire de mariage, il y avait de ça trente ans, connaissait une croissance subite et anormale depuis quelques jours. Il lui semblait que l’arbuste avait maintenant la moitié de la hauteur de leur maison et prenait le quart de la cour arrière. Pour pouvoir sortir de sa maison, le vieil homme avait même dû repousser plusieurs branches de ce qui était maintenant devenu un arbre.

« Adolphine! » s’écria-t-il paniqué en ressentant un besoin urgent de transférer un partie de son angoisse sur quelqu’un. Sans lui laissé le temps de sortir, ni même de répondre, il l’appela à nouveau: « Adolphine! »

Adolphine sortie. Beaucoup plus tard toutefois, soit seulement après s’être convenablement vêtu, après avoir pris son petit déjeuner et après avoir pris le temps de se maquiller, même si ce n’était que légèrement. Non pas que la situation actuelle, avec cet envahisseur dans sa cour, ne l’énervait pas, bien au contraire. Mais elle jugeait qu’elle devait avant tout continuer à vivre normalement et donc à faire ce qu’elle avait à faire avant de s’inquiéter. Bernadin lui s’inquiétait pour deux et n’avait cessé de tempêter entre deux « Adolphine! » jusqu’à ce qu’enfin celle-ci apparaisse entre les branches.

- « Tu aurais pas pu venir avant! », lui lança-t-il brusquement.

- « Je n’étais pas prête. Et puis, tu ne t’es pas vu l’allure?! Tu n’aurais pu au moins t’habiller…! »

- « M’habiller??! C’est toi qui n’a pas les priorités à la bonne place. Tu as vu ce qu’il est devenu?! Si ça continue comme ça demain on aura plus de maison! »

- « Je savais bien qu’on aurait dû intervenir avant. Tu aurais dû me laisser faire comme je le proposais. », lui répondit-t-elle calmement. « Bon rentre t’habiller, je sors le sécateur et je m’en occupe. » 

- « Le sécateur?! Mais t’es folle ma vielle. On sait même  pas c’est quoi?. C’est peut-être un être intelligent. C’est peut-être armé!… On devrait plutôt appeler la police. »

-  » La police…! Pour leur dire quoi? « Allo, monsieur l’agent. Il y a un arbuste qui pousse trop vite dans ma cour et je crois qu’il est armé. Venez vite, il vient de prendre ma femme en otage… »  » - « Et c’est moi qu’il traite de folle », ajouta-elle en riant.

Bernadin commençait à montrer des signes évidents d’impatience. Il était rouge comme une tomate et faisait les cent pas dans ce qui leur restait de jardin.

- « Mais voyons! Tu vois bien que c’est pas normal. On a jamais vu ça un arbuste croître si rapidement. »

- « Qu’est-ce que t’en sais? »

Bernadin n’en pouvait plus du calme de son épouse et devait rapidement lui faire voir l’évident danger.

- « Attends-moi… Bouge-pas. Surveille la chose. Je m’en vais voir sur Interweb comme qu’il dise. Il paraît qu’on trouve tout là dessus. »

Adolphine le regarda en riant se frayer un chemin vers la maison.

Après deux minutes de paix, Adolphine entendit son vieux lui crier depuis la maison des injures qui ne se rendirent heureusement pas à ses oreilles.

Trois minutes plus tard, Bernadin ressortit, toujours en pyjama, l’air de quelqu’un à qui il lui manque décidemment son café.

- « Il est ou notre Interweb? On n’a tu ça au moins?! »

 - « T’es déconnecté, c’est le cas de le dire! Tu sais même pas c’est quoi hein? En passant, on dit « Internet » et ça prend un ordinateur pour accéder à ça. Et non, on n’en a pas! » Elle ajoute: « Là tu va rentrer avec moi, je vais te préparer un bon café pendant que tu vas t’habiller, et pendant que tu vas le boire, je vais m’occuper de ça », dit-elle en pointant l’envahisseur.

À suivre.

18 juillet 2008

Oeil-de-boeuf – Conclusion

Voir la cinquième partie.

Celui qui m’apparaissait maintenant familier parmi ce groupe d’inconnus s’avança vers moi. En toute logique, à ce moment précis, j’aurai dû avoir envie de reculer, de me sauver même. Mais, il se dégageait tout d’un coup une véritable atmosphère de célébration de cette cour. Comme si la meilleure des nouvelles venait d’être annoncée. De toute manière, l’air résolument sympathique de cet homme qui avançait vers moi n’inspirait aucune fuite. De plus, mon état d’épuisement, mélangé au choc de la scène dont j’étais visiblement le point central, me barra les jambes et je n’eus d’autres choix que d’attendre d’être le fruit de sa cueillette.

Arrivé tout près de moi, il me tendit la main avec douceur et gentillesse et me dit simplement: « Salut, moi c’est Robert. »

Je fus incapable de lui répondre. Mais je lui présentai ma main… par réflexe. Non, mon cerveau reptilien, qui avait pris totalement les commandes, ne semblait pas très craintif. Peut-être manquait-il un peu de chaleur, lui comme le reste du corps de l’animal à sang froid que j’étais devenu.

En guise de réponse inconsciente, le reste du groupe commença à s’attrouper autour de nous, mais seulement à petits pas, visiblement pour ne pas m’effrayer.

Robert, commença à m’expliquer doucement que ce groupe de gens faisait partie d’un club secret dont l’activité principale des membres était le recrutement de nouveaux membres pour le simple plaisir que leur procurait la démarche utilisée pour ce faire. Il utilisa l’analogie de la pêche à la ligne où la recrue potentielle jouait le rôle du poisson, le recruteur celui de la ligne et, pour utiliser la propre expression de Robert, la disponibilité psychologique du poisson servait d’appât. En effet, il m’expliqua que de nombreuses recrues potentielles, pour ne pas dire la plupart de celles-ci, appelaient la police au lieu de poursuivre le « recruteur » ou, les plus « disponibles » entreprenaient une course sans toutefois la mettre à terme.

Selon Robert, et les autres qui complétaient ses explications, le plaisir de ce « jeu » était donc à plusieurs niveaux: la présélection des candidats, l’orchestration des visites pour susciter un intérêt chez le candidat sans se faire prendre et évidemment les nombreuses attentes en groupe à un point de rencontre prédéterminé, ces interminables attentes se déroulant évidemment souvent en catimini et se soldant la plupart du temps donc par une expectative non assouvie.

Je ne dis mot pendant toutes ces explications. Je fus à peine plus loquace après. Je ne savais franchement pas trop quoi penser de ce jeu, ni si j’en fus la victime ou le héro. En attendant de pouvoir littéralement me sauver, j’affichai mon plus sincère sourire forcé, dont ils ne semblèrent pas se formaliser. Les membres de ce groupe avaient vécu plus grand échec. 

À la fin de la présentation et des présentations (seulement des prénoms), je balbutiai simplement mon désir de quitter et je me dirigeai vers la sortie.

J’étais sur le point de gagner le trottoir quand Robert me rejoignit en courant et me tendit un morceau de papier.

« Tiens! Prends ça. Ce sont les coordonnées de notre prochain rendez-vous… »

Pendant que j’avais recommencé à marcher il ajouta:

« Si tu ne viens pas cette fois là, tu ne pourras pas savoir c’est quand l’autre rendez-vous après… C’est ta seule chance! »

Je retournai me coucher, enfin tranquille.

ÉPILOGUE 

J’avançai tranquillement dans la petite ruelle. J’avais vu la lumière de la fenêtre devant moi se fermer cinq minutes auparavant.  Mon coeur battait tellement fort que j’avais l’impression de faire un vacarme malgré toutes mes précautions. Arrivé à la fenêtre, je fis juste assez de bruit pour attirer l’attention. La lumière s’alluma. Je reculai de quelques pas. La fenêtre s’ouvrit. Je reculai de PLUSIEURS pas.

Oui, ce jeu était bien excitant. Bien plus en tout cas que mes rondes d’ange-gardien qui n’avait abouti à rien.

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