.

29 février 2008

Ange gardien

Comme à tous les dimanches, je m’en vais visiter Berthe, cette fois-ci une rose à la main… comme pour anoblir le geste que je m’en vais poser.

Nous sommes en plein mois de février. Même si l’air est particulièrement glacial, je ne peux m’empêcher de tenir la rose d’une main dégantée. Comme je le souhaitais, je ne sens plus mon membre. Je n’arrête pas de penser à elle… ma main. Inconsciemment, je dois espérer qu’elle paralysera avant mon arrivé. Dans l’espoir d’un ilot de rédemption, j’ai toutefois pris soin avant de partir de bien protéger mon offrande.

J’essaie de penser à autres choses, mais de doux souvenirs me ramènent dans le droit chemin. Le droit chemin… En fait, est-il vraiment droit ce chemin? Cette question me hante depuis plusieurs jours, depuis plusieurs semaines même, et ces images qui me transpercent à me donner envie de pleurer servent de contrepoids à mon incertitude.

J’ai depuis tellement longtemps la manie d’être collé à Berthe. Il y a eu ces belles matinées à cuisiner tous les deux ensembles. Au début c’était l’euphorie, un plaisir non canalisé. Puis graduellement, sous son enseignement, nous avions atteint la symbiose. Cette connivence que nous avions s’étalait dans tout ce qui a rimé pour moi avec “bonheur”.  Je ne fais que penser à son sucre à la crème, à nos veillées à écouter des vieux films à la télévision, à nos parties de dame, et à nos marches pendant lesquelles, jusqu’à récemment, elle nourrissait mes souvenirs des siens.

Maintenant que je ne suis plus qu’à quelques minutes de la retrouver, j’aurais envie de me déshabiller complètement et que tout mon corps nu se joigne à ma main gelée pour pouvoir continuer à avancer. Je ne sais si mon souhait serait de m’engourdir au point de ne plus rien ressentir ou tout simplement de me rapprocher de la mort. C’est paradoxal et même douloureux d’associer de telles pensées au puits de vie qu’a toujours été Berthe jusqu’à récemment.

Me voilà à son chevet. Je la regarde dans son lit d’hôpital, immobile, absente, sûrement souffrante. Pendant que ma main toujours gelée m’en donne encore la force en me rappelant la nécessité du geste, je me dirige vers les appareils qui la maintiennent en vie. Je les éteins de ma main brûlée par le froid en espérant qu’un minimum de détachement s’opèrera. Le cataclysme qui m’envahie conséquemment à mon geste témoigne l’échec de mon anesthésie. Bien pire que de donner la mort à quelqu’un que j’aimais profondément, je viens de tracer au fer rouge son absence dans ma vie depuis trop longtemps. 

Je m’approche de Berthe et l’embrasse tendrement sur la joue en déposant sur sa poitrine la rose après l’avoir soigneusement déballée. Puis je m’assoie à ses côtés en pleurant et en attendant qu’on vienne nous chercher. Je me fou de mon sort, venant de sauver l’ange sans qui je n’aurais jamais goûter au paradis.

À toujours Berthe.

4 janvier 2008

Question de bon sang

(Je me permets une seconde pause dans mon histoire de Noël qui, je sais, n’en finit plus de ne pas finir…)

Saviez-vous qu’il est maintenant possible de connaître assez précisément ses prédispositions à certaines maladies héréditaires, incluant certaines formes de cancer et certaines maladies cardiaques?

Pour à peine $USD 1000.00, les sociétés 23andme et Navigenics prennent un échantillon de votre ADN, le scannent et vous informent sur votre futur génétique!

Utile, vous dites-vous, de savoir qu’on a de fortes prédispositions d’avoir un cancer colorectal? De savoir que nos poumons devraient très probablement développer un cancer avant l’âge de 70 ans? Ainsi, on pourrait diagnostiquer en temps et on serait mieux préparé à se défendre?

Je vais vous annoncer une grande vérité: sauf si vous êtes de ces rares exceptions (du bon ou du mauvais côté), vous allez probablement mourir autour de la moyenne de l’espérance de vie d’un de ces cancers ou d’une maladie du coeur, et ce, qu’on vous l’ait prédit ou non.

ET DANS TOUS LES CAS, les recommandations pour minimiser les risques d’avoir un cancer (qu’on ait des prédispositions ou non) sont les suivantes:

  • garder un poids santé
  • faire de l’exercice régulièrement
  • manger beaucoup et une grande variété de fruits et de légumes
  • éviter l’alcool (pas 2-3 verres par jour… rien!) et le tabac
  • éviter les charcuteries et la viande rouge
  • diminuer le sel et diminuer sinon éviter le sucre et la farine raffinés
  • et surtout consulter un médecin régulièrement et au moins une fois par année après 55 ans!

De toute manière, si vous payez pour un dépistage génétique et apprenez que vous avez des dispositions à l’une où l’autre des “maladies génétiques” couvertes par le test (ce qui risque d’arriver), les recommandations de votre médecin seront celles énumérées précédemment.

Mais quelques fois, j’ai l’impression que l’être humain ne peut croire à l’intangible qu’après des années et des années (souvent des siècles) de lavage de cerveaux (communément appelé endoctrinement). Dans le cas de sa santé, il lui faut malheureusement une preuve sous forme d’un message de l’au-delà ou une photographie du futur.

Peut-être que la seule manière que l’être humain puisse vaincre ses pulsions est de se faire montrer la photo de la ligne d’arrivée, et de se rendre compte qu’il n’y est plus!

autruche-images.gif

Page suivante »

© 2008 www.nonmaissansblogue.com Tous droits réservés.