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2 février 2008

Queue-Touffue – Deuxième partie

Voir la première partie.

Pendant la journée, Queue-Touffue prit part au jeu avec ses chatons plus qu’à l’accoutumée. Le soir venu, elle s’était ainsi assuré qu’ils dormiraient profondément. Puis, elle se mit aux aguets.

Quand elle vit Grisette se défiler à travers le mur ajouré de la grange, Queue-Touffue se leva tranquillement pour ne pas réveiller ses petits et se lança à la poursuite de la vieille chatte.

Cette dernière se dirigeait du côté de la cité avoisinante, et bien que la distance les séparant de ce lieu ne fût pas si grande, Queue-Touffue dût parcourir le double de la distance à se faufiler d’un arbre à l’autre pour ne pas être aperçu de la Grisette. Un grand bâtiment, pas très différent de leur grange, semblait être sa destination. Grisette y entra par un trou visiblement anormal entre le solage et le déclin. Après une pause bien calculée, Queue-Touffue alla y jeter un coup d’oeil.

Ce qu’elle vit ne semblait pas à prime abord valoir le détour. Des caisses de carton empilées ça et là sur des tablettes, des chats (ça oui, il y en avait), et des souris, apparemment en avantage numérique. Les souris visibles avaient évidemment un chat à leur trousse. Queue-Touffue remarqua également sa colocataire de grange miaulant auprès d’un énorme pachat dont la stature et le regard ne laissait aucun doute quant à son rôle de dirigeant dans la place.

Juste au moment où Queue-Touffue avait décidé de battre en retraite de peur de se faire remarquer, elle fut témoin d’une mise en scène remarquable. L’un des chats présenta une souris fraîchement capturée au Pachat. Celui-ci l’accepta et alla chercher dans l’une des caisses de carton un morceau de tissus qu’il présenta au chasseur en échange. Le chasseur se dirigea ensuite vers la sortie tout à fait contenté.

Voilà donc ce que faisait ici Grisette comprit Queue-Touffue; à l’instar de ce chasseur, elle capture des souris pour le gros Pachat et s’amasse un petit trésor… trésor qu’elle ne partage pas avec ses amis!

Ayant élucidé le secret de Grisette, elle prit le chemin de retour vers les siens. Arrivée à sa litière, elle fut accueillie par les pleurs de Boulot… et les regards accusateurs de Mimi la chatte voisine. Elle reprit sa place au milieu de ses chatons, pris un air comme si elle ne les avait jamais quittés et tenta de dormir malgré les premiers signes du jour qui apparaissaient.

Elle s’endormit en rêvant. Au prochain levé du soleil, ses petits chatons auraient une surprise dans leur litière.

Quand elle se réveilla, le jour était déjà bien entamé et ses petits n’étaient plus auprès d’elle. Queue-Touffue eut un moment d’inquiétude et se fit une priorité de les retracer du regard. Mat et Espoir jouaient avec les chatons de Mimi et Boulot taquinait un mulot dans un coin. Il n’y avait que Blanche qu’elle ne réussissait à croiser du regard. Queue-Touffue se leva et partit à sa recherche. Après avoir ratissé toute la grange et questionné tous ces habitants, la panique s’empara de la maman chat. Elle eut finalement l’idée d’aller vérifier à l’extérieur. C’est là qu’elle vit la petite chatte, esseulée, et incertaine.

La maman prit la chatonne dans sa gueule et la ramena à l’intérieur puis la sermonna, lui rappelant qu’il était encore trop tôt pour qu’une si petite chatte sorte ainsi seule. La petite expliqua à sa maman qu’elle l’avait vue sortir pendant la nuit et qu’elle voulait simplement voir l’endroit où elle allait. Triste et en manque d’explications, Queue-Touffue laissa la petite chatte auprès des ses frères et partie marcher. Le soir venue, elle demanda à Mimi de jeter un coup d’oeil de temps à autre sur ses petits durant la nuit et avertit ceux-ci de ne pas s’inquiéter s’ils venaient qu’à se réveiller et ne la trouvaient pas auprès d’eux. Elle leur donna à boire, les coucha, attendit quelques instants puis partit vers la cité. 

Il était impératif de quitter avant Grisette au cas où les postes de chasseurs seraient limités.

 À suivre.

19 janvier 2008

Queue-Touffue – Première Partie

Queue-Touffue surveillait Blanche et Espoir du coin de l’oeil, pendant que les deux autres rejetons de sa dernière portée, Boulot et Mat, étaient blottis auprès d’elle en train de téter. Cela faisait à peine quelques semaines que les quatre chatons meublaient chaque minute de son existence et déjà Queue-Touffue les sentait avancer avec de plus en plus d’assurance vers de nouveaux apprentissages et surtout devant l’inconnu. Il y avait bien entendu l’effet de meute, où le courage de l’un ou l’autre devenait disproportionné au côté de frèreau ou de soeurette, mais c’était surtout l’enseignement et la rassurante présence de leur douce maman qui garantissaient, du moins jusqu’à présent, une douce transition vers l’indépendance.

On croit à tort que les chats sont des êtres de liberté. Mais cette recherche de liberté n’a pour contrepoids que leur besoin de s’imposer une routine essentiellement oisive.

Les quatre petits de Queue-Touffue n’avaient évidemment pas pu acquérir cette « quête ultime » de leur maman; ça ils l’apprendraient seul, avec le temps. Pour l’instant, ils en étaient encore à la base, c.-à-d. à l’apprentissage de la toilette, de la chasse, de la bienséance lors des repas et surtout au respect de la discipline. Évidemment tout ceci se faisait par l’exemple principalement, mais il fallait encore trop souvent que l’autorité maternelle étouffe les flammes chaotiques allumées par des tisons d’espièglerie.

Ce soir-là, alors qu’elle venait tout juste de réussir à coucher sa portée, Queue-Touffue aperçue Grisette sortir de la grange en tentant visiblement de ne pas attirer l’attention des autres chats qui ne seraient pas endormis. Grisette était la seule chatte du coin à ne jamais avoir eu de portée. Même que les chats ne tournaient plus autour d’elle depuis plusieurs années. C’est ainsi que Queue-Touffue ferma les yeux, mais seulement à moitié, espérant épier le retour de la Grisette.

Ce fut plutôt Blanche, et un de ses fréquents cauchemars qui la réveilla. Heureusement, et juste à temps, car elle vit du coin de l’oeil la vieille chatte grise qui rentrait en catimini. Le soleil se devinait à peine à travers les bardeaux ajourés de la grange. Malgré la distance et la pénombre, elle remarqua que Grisette tenait entre ses pattes un morceau de tricots. Queue-Touffue, replia tranquillement sa tête entre ses pattes pour feindre le sommeil. 

Au petit matin, pendant que ses chatons buvaient à ses mamelons, Queue-Touffue tentait d’épier Grisette dans le but de découvrir quelle utilité elle pouvait bien tirer du butin qu’elle avait ramené la veille ou du moins observer un comportement différent qui lui donnerait un indice, mais en vain. La vieille chatte déambulait et se frottait ça et là comme à l’accoutumé. Et ainsi se déroula le reste de la journée.

Queue-Touffue se promit toutefois que la nuit venue, sa curiosité serait assouvie.

À suivre…

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