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14 août 2007

Programmation

Elle est encore si petite.

Tout est encore à préciser… à programmer.

Elle n’a pas encore développé d’horloge interne et son système visuel est loin d’avoir encore été suffisamment sollicité pour qu’elle puisse s’orienter à la fois dans l’espace et dans le temps.

Non, présentement il n’y a que des ombres qui s’éclaircissent quelques fois, des sensations sur sa peau, trop souvent le froid qui lui fait si mal, aussi des sons vagues, et surtout cette douleur qui revient et qui repart…

Ah! Cette douleur qui, plus que tout, la fait crier. Une douleur de détresse…insupportable qui reste à apprivoiser comme le reste.

Peu après l’apparition de cette douleur qui la transperce, apparaissent des sons, mais des sons qu’elle ne peut entendre tant elle crie. Puis une douce chaleur… et cette odeur si réconfortante qui semble avoir été programmée celle-là dans l’au-deçà. Puis cet amalgame de sensations annonçant la fin de son apocalypse irrationnelle.

Mais non, encore cette fois la douleur est trop puissante pour laisser place à la programmation. Le crie est venue. Mais heureusement tout son corps s’est encore une fois rempli de paix… de bonheur… jusqu’à morphée.

À son réveil: des bruits… des sons… Elle entends:  « aahghyiuo beb ehg…Fthu ghienth fthu fghvoussaaree mmham henh »

Les sons s’amplifient. « AAHGHYIUO…! » Son corps quitte brièvement son nid douillet. Elle est encore toute petite, mais déjà la modulation de ces sons particuliers la laisse dans l’expectative d’une absence de froid, d’une absence de faim, d’un doux confort, d’un repos de ses sens.

Au fil des semaines, surtout quand ses besoins sont comblés, quand la douleur de la faim est « pansée », elle se surprend à émettre elle-même de plus en plus d’autres sons que des cris et des pleurs: « Gferdfg.. …gbratdss… pgiou… ».

Ces balbutiements semblent avoir comme effet de resserrer ses liens avec ceux qui font qu’elle se sent mieux ou qu’elle se sent bien, car il s’est créé pendant les premières semaines de sa programmation une sournoise transition entre ces deux sensations.

La richesse de son système d’acquisition de donnée (ses sens) combinée à la complexité de son système de stockage d’information (sa mémoire), nourris de l’infini complexité des interactions avec son milieu, contribuent à rendre chaque jour son propre algorithme de plus en plus indéchiffrable. Quand on pense que ces interactions avec son milieu sont en outre teintées, ou devrait-on plutôt dire filtrées, par les limitations que son code génétique a données à son enveloppe corporelle, on comprend pourquoi la complexité de la machine résultante est telle qu’on soit porté à oublier que cette complexité n’est le résultat que de l’enchevêtrement d’un très grand nombre de règles de bases relativement simples.

Alors que plusieurs de ses capacités d’interactions avec l’univers sont soit restreintes, soit nulles, alors que le bagage d’information qui la suit est somme toute plutôt limité, alors que son petit cerveau est encore peu peuplé de sillons neuronaux, il est plus facile d’observer comment la machine se programme.

Pour l’instant, elle ne le sait pas encore, mais elle ressent et cherche à être « bien » au creux de cet être qui lui donne tout.

Malgré ses limitations et sa programmation très rudimentaire, il est fort à parier que si elle savait ce qui s’en vient et si elle le pouvait, elle déciderait probablement d’arrêter tout évolution de son programme pour rester comme ça, toute dépendante, mais si bien auprès de cet être omniscient: « Mahha-Maahnn… ».

15 juillet 2007

La loi du X-2X

Ma famille et mes amis en ont déjà entendu parler à maintes reprises. Il est donc plus que temps que je vous en fasse part sur ce blogue. Il s’agit de la loi du X2X (prononcé (la lettre) « x » deux « x »).

Comme vous allez bientôt vous en rendre compte à la lecture de ce qui suit, il s’agit 1) d’une quasi-évidence et 2) d’une des loi les plus fortes de l’univers et qui s’applique autant à l’économie, qu’aux sciences sociales, en passant par les sciences pures.

Je vous raconte premièrement comment j’ai fait sa connaissance.

C’était mon premier ou second été à la maîtrise à l’université. Je ne me rappelle plus très bien comment ça fonctionnait, ni pour quelle raison, mais l’été certains étudiants comme moi étions rémunérés par le département où j’étudiais. Moi et deux autres étudiants étions dans « notre local », non pas en train de travailler, mais plutôt en train de nous plaindre de notre pauvre sort d’étudiant, quand un des professeurs est entré dans le local.

Je me rappelle maintenant que c’était le second été car nous lui avions alors fait part du fait qu’après deux ans comme « stagiaire », nous étions dus pour une augmentation de « salaire ». C’est alors que le professeur Koclas (il mérite bien que je lui donne crédit en le nommant) m’a appris la leçon qui me sert maintenant le plus de toutes celles que j’ai reçues à l’école depuis ma tendre enfance. Il nous a dit en riant:

« Je ne vais pas vous faire ça. À cause de la loi du X-2X, si je vous augmente de x dollars par semaine, vous allez dépenser 2x dollars de plus par semaine (2 fois plus). En fais, pour vous rendre service, je devrais vous donner une diminution. Comme ça vous économiseriez d’autant plus! »

Merci Monsieur Koclas!

En fait, c’est seulement maintenant que je vous remercie, car à l’époque je n’étais pas aussi convaincu que je le suis maintenant et j’aurais évidemment préféré l’augmentation (que nous n’avons pas eue en passant).

Paradoxalement, c’est seulement quand on prend conscience de cette loi, de cette force devrais-je même dire, quand on saisit pleinement son ampleur, qu’on peut se permettre de tenter de l’utiliser dans le sens du courant (par exemple accepter l’augmentation…). Sinon, on devrait suivre le conseil du Dr. Koclas et aller en sens inverse (ce qui demande beaucoup de conviction!).

En résumé, ce n’est pas très compliqué cette loi, ce que ça dit c’est: « Plus on reçoit de l’argent (ou plus on en a), plus on dépense. Plus on en perd (ou moins on en a), plus on économise ».

Par exemple, votre patron vous donne un boni de rendement de $500 à la fin de l’année. Enfin! Vous avez l’argent qui vous manquait pour vous payer le voyage que vous vouliez. Celui-ci vous coûte finalement $1260!!

À l’inverse, votre conjoint perd momentanément son emploi. Vous décidez de vous serrez la ceinture. Résultat: 8 mois plus tard lorsqu’il se retrouve un emploi, vous avez économisé et vous vous retrouvez donc avec un peu plus d’argent dans votre compte.

Comme je l’ai mentionné précédemment, la loi du X-2X ne se résume pas qu’à des questions d’argent.

Ainsi, par exemple, on remarque qu’en général, les hommes bâtis comme des armoires à glaces vont habituellement être doux.

Aussi, plus on a du temps devant nous pour effectuer une tâche, plus il y a de chance qu’on l’entreprenne à la dernière minute. À l’inverse, lorsqu’on nous donne un échéancier serré, on commence habituellement très tôt et il nous reste souvent du temps en trop à la fin.

Une expérience intéressante a été effectuée dans ce sens où on a remis un questionnaire à un groupe d’individus qu’on a ensuite divisé en 3 sous-groupes. Tous ceux qui retournaient le questionnaire étaient récompensés, mais on donna un délai de réponse différent pour chacun des 3 sous-groupes: au premier un délai très court (quelques jours), au second un délai long (quelques semaines), et au troisième un délai intermédiaire.

C’est avec surprise (car ils devaient ignorer la loi du X-2X) que les expérimentateurs ont constaté que le plus fort taux de participation était dans le sous-groupe qui avait le délai de réponse le plus court où une grande majorité de participant retournèrent leur formulaire. Contre-intuitivement, c’est dans le groupe ayant le plus long délai de réponse qu’il y eut le plus bas tôt de participation, où en fait très peu de personnes retournèrent le formulaire!

Vous voulez un autre exemple de la magie du X-2X?

Une ville devait résoudre les problèmes de sécurité à un rond-point particulièrement dangereux où les véhicules roulaient à une vitesse folle. Un des problèmes de ce rond-point était son emplacement en plein coeur d’une zone commerciale qui incluait des passages piétonniers.

Vous savez comment les urbanistes ont amélioré la sécurité à ce rond-point? En augmentant la signalisation? En ajoutant des barrières pour les piétons? Eh bien non…! Tout le contraire en fait. Ils ont même ajouté des bancs publiques à proximité des voies routières (sans clôture, ni aucune protection) et rapproché les commerces, etc. En fait, ils ont rendu le rond-point apparent plus dangereux pour les piétons et les voitures n’ont eu autres choix que de ralentir et d’augmenter leur vigilance. Un succès il paraît!

D’autres exemples:

  • Qui sont reconnus comme les plus avares?  Les riches.
  • En écologie, quel peuple gaspille le plus de ressources? Ceux qui en ont le plus! L’eau et les québécois n’en sont qu’un exemple.
  • Dans un party, ce sont souvent ceux qui habitent loin qui partent les derniers.
  • À un rendez-vous, c’est habituellement celui ou celle qui habite le près du lieu du rendez-vous qui est le ou la plus susceptible d’arriver en retard.

Dans les prochains jours, lorsque vous prendrez connaissance de ce qui se passe dans l’actualité et autour de vous en général, vous vous rendrez compte à quel point cette loi est omniprésente.

Vous vous rendrez aussi compte comment notre monde fonctionnerait mieux si la loi du X-2X n’existait pas. Malheureusement, aller à l’encontre de la loi du X-2X implique vaincre une force parmi les plus puissantes et qui prend même de plus en plus de vigueur avec les années: l’inertie de la population, et particulièrement celle des mieux nantis.

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