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L’envahisseur – Première partie (Reprise) | Retour | Échappé laide

2 février 2009

Polytechnique

Je n’irai pas voir le film « Polytechnique ».

Le 6 décembre 1989, je n’avais pourtant qu’orbité la tragédie. Mais après avoir littéralement effleuré son atmosphère, je ne peux qu’être convaincu que de théâtraliser, et donc de banaliser l’événement, ne peut que résulter en la réouverture des plaies chez les réels acteurs et actrices du drames et, au mieux, en la noyade de tout le symbolisme qui était né des cendres de ce drame misogyne

En 1989, j’étais étudiant de deuxième année à l’École Polytechnique de Montréal. Nous habitions, ma copine de l’époque et moi, sur l’avenue Édouard-Montpetit, presqu’en face de l’École.

En cette fin d’après-midi du 6 décembre, il nous manquait de la monnaie pour faire notre lavage dans les machines à laver payante de notre bloc appartement. Nous étions donc montés à l’École, entre autres pour aller en chercher.

Arrivés à Poly, nous étions allés au magasin de fourniture et y avions croisés mon ami Richard qui, comme moi, était venu y chercher un cahier pour préparer un rapport de fin de session. Il prit la peine de nous dire qu’Isabelle, sa blonde, l’accompagnait et l’attendait en train d’étudier pour ses examens de fin de session à l’agora au deuxième. En effet, nos copines respectives, qui n’étaient pas des Polytechniciennes, travaillaient toutes les deux à temps partiel à la même épicerie comme caissières et se connaissaient donc bien.

En le quittant, nous sommes ensuite allés chercher la monnaie (audit deuxième sans toutefois croiser Isabelle), puis je tentai de convaincre ma copine d’escalader quelques étages additionnels afin d’aller voir si des résultats de travaux étaient affichés. Rien à faire. J’avais dû encaisser un refus catégorique: « nous avions perdu déjà assez de temps. »

Dès notre sortie de l’école nous entendons une détonation sourde: Tsoouu!

Nous n’y portons aucune attention particulière, pensant qu’il ne devait s’agir que la crevaison du pneu d’un véhicule non loin.

Quelques minutes après notre retour à l’appartement, on sonne à notre intercom: « C’est Daniel, j’arrive de Poly… Il y a eu des coups de feu… Tout le monde, se cache ou essaie de se sauver… On a entendu des cris…

Et il continue à me décrire, d’en bas de l’édifice, en ses mots, la tragédie que nous venions d’éviter de justesse, tout essoufflé qu’il était, et encore sous le choc.

C’est nous qui l’étions à ce moment!

Puis commence la symphonie ou plutôt la cacophonie des appels téléphoniques. La télévision a rapidement commencé à parler de Poly et tout le monde m’appelle pour savoir si je suis vivant. De mon côté, j’appelle tous mes collègues pour faire de même.

Et les sirènes…! Non seulement, nous habitions tout près du lieu du drame, mais également à proximité de plusieurs hôpitaux. Encore aujourd’hui, à chaque fois que j’entends une sirène d’ambulance, je repense à ces événements. Je n’ai vraiment pas besoin d’un film pour graver ma mémoire.

Après plusieurs appels, l’inquiétude commence à nous gagner, nous n’avons aucune nouvelle de Richard et d’Isabelle…

Ce n’est que beaucoup plus tard que nous apprenons que nos amis ont été très grièvement blessés par des balles du tireur.

Dans les mois qui suivront la tuerie, Isabelle subira plusieurs reconstructions du visage, alors que Richard perdra un oeil pour avoir courageusement sauvé Isabelle d’un sort encore plus dramatique.

Je me rappelle avoir visité Isabelle et Richard juste quelques jours après la fusillade et être témoin visuel d’une infime portion du drame, mais également de deux leçons de courage que je continue de porter en moi.

Je n’ai plus revu ces deux amis depuis mon départ de Poly. Je ne sais ce qu’ils sont devenus. 

Moins de deux ans après le drame, Isabelle était redevenu aussi belle qu’elle était mais tous les deux semblaient encore porter un mélange de douleurs en eux. Je me souviens que Richard m’aie dit qu’il ne pouvait toujours voir de films violents.

Je crois que les films véhiculant un certain humour, une certaine violence, horreur ou pornographie ont leur place. Ils peuvent servir d’exutoire, de soupape pour résoudre certaine tension normale ou permettre de libérer et d’exprimer certains fantasmes.

Toutefois, quand il s’agit de recréer un fait réel, il m’apparait essentiel d’utiliser un concept de base: la distanciation. Cette distanciation peut être temporelle ou formelle.

Le film de Denis Villeneuve sort sur nos écrans beaucoup trop tôt pour qu’on puisse parler de distanciation temporel: en effet, 20 ans c’est peu pour une tuerie qui visait des jeunes femmes dans une école de génie! C’est peut être toutefois un bon timing pour profiter d’une publicité assurée, ne serait-ce qu’en partie négative. 

Il paraît que les scènes de violence sont peu nombreuses dans le film et sont filmées en noir et blanc. Je doute que les acteurs du drame et plusieurs âmes normalement sensibles se sentent suffisamment protégés par ce filtre chromatique. 

En entrevue, Denis Villeneuve se veut rassurant en mentionnant que le sujet a été abordé avec respect.

Quelques fois, le plus grand respect que l’on peut avoir n’est-il pas de garder silence tout simplement. 

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