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Oeil-de-boeuf - Quatrième partie | Retour | Un héron sur glace

19 juin 2008

Oeil-de-boeuf - Cinquième partie

Voir la quatrième partie.

La difficulté était triple: ne pas le perdre de vue à travers les détours qu’il empruntait, ne pas attirer inutilement l’attention dans un quartier que j’allais habiter encore pendant quelques mois et éviter que je n’échappe mon bas de pyjama en courant, entre autre pour la raison précédente. En effet, même si celui-ci pouvait passer pour un pantalon de ville, il m’apparaissait à ce moment, de tout évidence, conçu pour être porté dans des situations pour le moins beaucoup plus décontractées qu’une chasse à l’homme.

Ce qui m’aida toutefois, fut ces pauses que ma proie faisait régulièrement, comme pour s’assurer que je ne perde pas sa trace. Au début, je perçus ses arrêts, pendant lesquelles il prenait même le temps de se retourner pour croiser mon regard, comme un signe d’inquiétude de sa part, mais plus je me rapprochai de lui, car tel était le cas, plus je pus distinguer presqu’un air de contentement sur son visage. Je commençai à m’inquiéter. Il ne me démontrait toutefois aucun signe malin et apparaissait même à la rigueur sympathique. Mais tout allait si vite.

Après une course qui n’avait pas dû durer plus de 3 à 4 minutes, je me retrouvai haletant devant une école primaire. Je le vit s’engouffrer dans la cours arrière. Il venait de commettre une erreur. Étant donné l’âge et la nature de la clientèle de ce genre d’établissement, je m’attendais à ce que la cours arrière soit sans issue. Je n’avait donc plus qu’à y aller pour confronter mon harceleur.

C’est lors de ces occasions que j’aimerais que mon cerveau reptilien prenne ses responsabilités et aille jusqu’au bout de ses projets. Confronté à cet instant à l’imminence de l’éventualité de lui faire face, je n’avais aucune idée de ce que j’allais dire à cet individu que j’avais décidé de pourchasser en pyjama à travers les rues de la ville à cette heure de la soirée. Si c’était un fou qui voulait me tabasser, est-ce que mon cerveau reptilien me donnerait le courage et l’adrénaline suffisants… pour me sauver aussi rapidement?

Mon questionnement fut interrompu par des murmures venant de la cours. L’individu n’était plus seul!

Je mis mes clés fermement dans mes mains comme pour en faire une arme et je me lançai tranquillement à pas de loup vers la cours arrière en longeant le mur de l’école. Mon cerveau reptilien venait de répondre à mes reproches.

Arrivé au bout du mur, le peu d’air que mes poumons avaient pu récupérer s’évacua subitement quand j’aperçus une vingtaine d’individus de tout âge, hommes et femmes, qui attendaient là dans la cours avec, parmi eux, mon poursuivi. Les étourdissements commencèrent dès qu’ils se mirent à émettre des cries de célébration et à applaudir dès qu’ils me virent.

À suivre.

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