14 juin 2008
Oeil-de-boeuf - Quatrième partie
Voir la troisième partie.
Je ne rappelle plus si c’était la frustration de savoir qu’on se jouait de moi aussi facilement ou si c’était parce que ce visiteur avait fait naitre en moi une curiosité dépassant ma peur initiale. Il fallait qu’il y ait un peu et même beaucoup des deux, car je me levai d’un trait, mais d’instinct faisant toutefois un minimum de bruit, mis le t-shirt qui se trouvait comme à l’habitude à côté de mon lit et me dirigea vers la porte où je pus y récupérer mes souliers de course et mes clés avant de sortir. Que le lecteur attentif se rassure, j’avais alors l’habitude de dormir avec un bas de pyjama qui pouvait, à la rigueur, passer pour un pantalon. Du moins, c’est ce que j’espérais.
Dès que je fus sortit de mon appartement, mon pas se transforma, et si j’avais pu avoir l’air quelques secondes auparavant d’un habitant du quartier cherchant son chat égaré, on pouvait maintenant me confondre aisément avec un “pusher” pourchassant un client ayant omis de payer.
Les quelques passants sur la rue à cette heure tardive qui réussissaient à distinguer un être humain à travers l’éclair que j’étais devenu, me firent réaliser par leur regard toute la bêtise que j’étais en train de commettre. Mais ils ne pouvaient pas savoir que tout ce que j’étais en train de faire, c’était de contourner mon bloc appartement pour aller surprendre un voyeur à ma fenêtre de l’autre côté. Je n’avais hélas pas le temps de sauver ma réputation en explications.
Le plus drôle fut de réaliser, au trois-quarts de ma course, et donc trop tard, car j’avais déjà dépassé la devanture de l’immeuble, que je venais peut-être de croiser mon visiteur!
Je dus réaliser la seconde suivante le désaveu de mon hypothèse car il était là, devant moi. Probablement que mes pas de courses l’avaient alerté car il me faisait face, presque l’air de m’attendre. L’étranger me laissa quelques secondes pour que je puisse l’observer. Non pas qu’il était paralysé de peur ou pris de court; il me défiait du regard.
Du même souffle que précédemment, je me dirigea vers lui. Curieusement pour quelqu’un qui semblait m’attendre, l’individu prit immédiatement la fuite dans la direction opposée. Je pris tout mon manque d’allure avec moi et partie à sa poursuite.
À suivre.
