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23 juin 2008

Un héron sur glace

Je vais me chercher un verre de lait de soya au réfrigérateur. Malheur! Il est tiède. (Contrairement au lait de vache, le lait de soya peut-être conservé à température ambiante si son contenant n’est pas ouvert, ce qui est un vilain défaut puisqu’on est porté à le conserver dans le garde-manger.)  Je ne me laisse pas abattre et je ressors de mes manuels de physique la solution ultime: j’y ajoute de la glace.

La tombée des glaçons dans le verre crée un vortex spatio-temporel qui me ramène au tout début de l’hiver 1978: j’ai alors 10 ans.

Je tiens dans mes mains la carte de hockey du gardien de but des Pingouins de Pittsburgh Denis Héron. À l’endos, au bas des habituelles statistiques, se trouve une anecdote sur le joueur: la boisson préférée de Denis Héron est le lait malté. Voilà pour l’anecdote de Denis. La mienne toutefois ne fait que commencer.

Ne sachant ce qu’est le lait malté, je demande à ma mère, qui me répond qu’elle ne le sait pas. Internet n’existant pas encore en 1978 et l’encyclopédie Grolier que nous avions, ni même notre dictionnaire ne pouvant m’aider non plus, je dois me rabattre sur le seul indice qui me reste: la caricature en bas de la carte à côté de l’anecdote en question. SVP, ne riez pas, je vous répète que je n’avais alors que 9 ans et un peu naïf en plus. La caricature, donc, montre un pingouin déguisé en gardien de but, dégustant un verre rempli d’un liquide qui semble contenir des glaçons. Malgré la taille microscopique des glaçons sur le dessin, ça doit être ça. Oui c’est ça! Du lait malté, c’est du lait avec des glaçons!!

J’annonce la bonne nouvelle de ma découverte à ma mère et me lance vers le congélateur me chercher 2-3 glaçons, en route vers une déception. Denis Héron était un très bon gardien, mais son breuvage préféré manquait de punch.

De retour en 2008, mon lait de soya glacé m’a permis de me rappeler en plus de ce tendre souvenir, les batailles de cartes de hockey que nous faisions le long du mur de l’école avant les cours et à la récréation: nous nous placions plusieurs garçons à quelques mètres du murs, chacun avec notre pile de cartes de hockey à la main. Au signal d’un d’entre nous, nous lancions chacun une carte en direction du mur. Celui qui plaçait sa carte le plus près du mur remportait l’ensemble des cartes au sol. (Bon, je sais que ça ne fait pas de sens de lancer des cartes de collection sur un mur et dans la neige, mais dans ce temps-là il n’y avait pas d’Ebay pour la revente et le jeu prévalait sur le profit…) Évidemment, la valeur de chacune des cartes lancées devait être approuvée par tous les joueurs avant chaque partie pour ne pas qu’un Guy Lafleur soit perdu par exemple au prix d’un Yvon Lambert.

Je sais maintenant depuis quelques minutes, grâce à Internet, que le lait malté contient de l’orge et du blé moulu (duh). Je ne sais toutefois pas, toujours avec Internet, si les jeunes ont encore le droit à l’erreur aujourd’hui ou si leur imagination à encore un vide à remplir. En tout cas, je sais que héron rime avec pingouin pour de moins en moins de gens et que cet oiseau s’est adapté au froid en buvant du…

19 juin 2008

Oeil-de-boeuf – Cinquième partie

Voir la quatrième partie.

La difficulté était triple: ne pas le perdre de vue à travers les détours qu’il empruntait, ne pas attirer inutilement l’attention dans un quartier que j’allais habiter encore pendant quelques mois et éviter que je n’échappe mon bas de pyjama en courant, entre autre pour la raison précédente. En effet, même si celui-ci pouvait passer pour un pantalon de ville, il m’apparaissait à ce moment, de tout évidence, conçu pour être porté dans des situations pour le moins beaucoup plus décontractées qu’une chasse à l’homme.

Ce qui m’aida toutefois, fut ces pauses que ma proie faisait régulièrement, comme pour s’assurer que je ne perde pas sa trace. Au début, je perçus ses arrêts, pendant lesquelles il prenait même le temps de se retourner pour croiser mon regard, comme un signe d’inquiétude de sa part, mais plus je me rapprochai de lui, car tel était le cas, plus je pus distinguer presqu’un air de contentement sur son visage. Je commençai à m’inquiéter. Il ne me démontrait toutefois aucun signe malin et apparaissait même à la rigueur sympathique. Mais tout allait si vite.

Après une course qui n’avait pas dû durer plus de 3 à 4 minutes, je me retrouvai haletant devant une école primaire. Je le vit s’engouffrer dans la cours arrière. Il venait de commettre une erreur. Étant donné l’âge et la nature de la clientèle de ce genre d’établissement, je m’attendais à ce que la cours arrière soit sans issue. Je n’avait donc plus qu’à y aller pour confronter mon harceleur.

C’est lors de ces occasions que j’aimerais que mon cerveau reptilien prenne ses responsabilités et aille jusqu’au bout de ses projets. Confronté à cet instant à l’imminence de l’éventualité de lui faire face, je n’avais aucune idée de ce que j’allais dire à cet individu que j’avais décidé de pourchasser en pyjama à travers les rues de la ville à cette heure de la soirée. Si c’était un fou qui voulait me tabasser, est-ce que mon cerveau reptilien me donnerait le courage et l’adrénaline suffisants… pour me sauver aussi rapidement?

Mon questionnement fut interrompu par des murmures venant de la cours. L’individu n’était plus seul!

Je mis mes clés fermement dans mes mains comme pour en faire une arme et je me lançai tranquillement à pas de loup vers la cours arrière en longeant le mur de l’école. Mon cerveau reptilien venait de répondre à mes reproches.

Arrivé au bout du mur, le peu d’air que mes poumons avaient pu récupérer s’évacua subitement quand j’aperçus une vingtaine d’individus de tout âge, hommes et femmes, qui attendaient là dans la cours avec, parmi eux, mon poursuivi. Les étourdissements commencèrent dès qu’ils se mirent à émettre des cries de célébration et à applaudir dès qu’ils me virent.

À suivre.

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