7 octobre 2007
Adolescent, je rêvais non pas d’être un zéro, mais un double zéro!
Enfant, mon univers était rempli d’héros imaginaires: ceux de Marvel, tels Spider-Man et les Fantastic-Four, et d’autres comme Astérix, Speedy Gonzalez, et Bob Morane.
Mais dès le début de l’adolescence, j’ai commencé à être fasciné et marqué par un autre personnage imaginaire d’une manière très différente toutefois de mes camarades. En fait, jusqu’à il y a quelques années à peine, autant j’étais hanté périodiquement par ce dont m’inspirait ce héro populaire, autant j’introspectais cette fixation que je vais ici vous révéler.
Les perspicaces auront déduit du titre qu’il s’agit de double zéro sept: James Bond.
Bien entendu, comme tous les jeunes garçons (et les moins jeunes), j’admirais ses prouesses au combat (judo, boxe, lutte, etc.), ses talents de pilote (auto, avion, hélicoptère, fusée!…), sa polyvalence dans les disciplines sportives (ski, natation, escrime, etc.), son maniement des armes, et un peu plus tard… son charme auprès des dames.
Mais ce n’était rien de tout cela qui créa chez moi une fascination et qui alla même jusqu’à forger un idéal.
Je me rappelle vaguement d’une scène dans un film où on demande à James Bond s’il a entendu parler d’un certain diamant (ça doit être dans ”Diamonds are Forever”). Non seulement 007 répond par l’affirmative, mais celui-ci disserte en détail sur l’origine et sur les caractéristiques dudit diamant.
En d’autres circonstances, James Bond démontre une connaissance géopolitique pointue, et ce bien avant qu’on lui présente le dossier. Ses talents aux cartes ont sauvé la mise à quelques occasions. De plus, dans certaines missions, il semble plus que se débrouiller en électronique et en chimie, pour ne nommer que ces deux disciplines. En fait, et c’est là où je veux en venir, le personnage de James Bond semble omniscient.
Prenant connaissance de cette faculté, pour ne pas dire de ces pouvoirs, alors que je suis à un âge déjà cruel, je sais très bien qu’il s’agit là d’une bien plus grande improbabilité que lorsqu’il survit à vingt poursuivants alors qu’il est sur un seul ski et que ceux-ci sont mieux équipés que lui.
Pourtant, je me mets à rêver qu’il serait merveilleux comme lui d’avoir des connaissances dans une multitude de spécialités ou même mieux… de tout savoir. Mais là TOUT.
Je me rappelle très bien à partir de ce moment fabuler intérieurement et m’imaginer tout savoir, avoir la réponse à toutes les questions.
Quelle molécule donne la couleur jaune à la plante de moutarde? Qu’arrive-t-il aux autres oiseaux de la formation si l’oiseau qui mène le groupe est abattu? Connaître les modèles décrivant l’écoulement du béton dans une gouttière inclinée de forme hyperbolique. Connaître et savoir appliquer les modèles socio-économiques et psychologiques aux migrations sociales suite à un conflit armé entre deux peuples. Connaître toutes les espèces de plantes et par exemple celles qui sont comestibles et avec quel vin chacune de celles-ci se marierait le mieux. Savoir construire un robot pouvant servir de partenaire de tango. Comprendre pourquoi et comment une espèce animale a évolué jusqu’à avoir une succession de bandes noires et jaunes sur son corps. Pouvoir faire rire une salle d’asiatiques, puis 5 minutes plus tard une salle d’européens. Etc.
Je pourrais continuer pendant des lignes et des lignes à donner des exemples tellement je suis fasciné par le savoir humain sous toutes ses formes.
Je ne saurais jamais si le personnage de James Bond a allumé une flamme en moi ou si elle était déjà là et n’a été qu’attisée à ce moment précis de ma vie où j’ai pris conscience de cet inatteignable idéal. Je sais toutefois que depuis ce temps, depuis longtemps, je manque de temps pour assouvir ma curiosité et qu’il n’y a pas de sot sujet.
Je ne sais pas si c’est vraiment le fruit du hasard, mais j’ai maintenant la chance de faire un métier qui me force à chevaucher la courbe qui tend vers l’absolu, le vrai. Car vous comprendrez qu’il n’est pas que le mien, puisqu’il est celui de la compréhension ultime.
Comme toute quête de l’infini, il y a des moments où on ne se rappelle plus très bien pourquoi on la fait.
Dans l’histoire, connaissance a souvent rimé avec ordre et paix. Peut-être que ma faible tolérance au chaos me pousse à chercher un peu de sens et d’ordre en moi et dans la nature humaine. Et tout cas, ça doit un peu fonctionner car je me sens de plus en plus en paix… compte tenu du degré de chaos que je découvre à tous les jours.
