.

15 juillet 2007

La loi du X-2X

Ma famille et mes amis en ont déjà entendu parler à maintes reprises. Il est donc plus que temps que je vous en fasse part sur ce blogue. Il s’agit de la loi du X2X (prononcé (la lettre) “x” deux “x”).

Comme vous allez bientôt vous en rendre compte à la lecture de ce qui suit, il s’agit 1) d’une quasi-évidence et 2) d’une des loi les plus fortes de l’univers et qui s’applique autant à l’économie, qu’aux sciences sociales, en passant par les sciences pures.

Je vous raconte premièrement comment j’ai fait sa connaissance.

C’était mon premier ou second été à la maîtrise à l’université. Je ne me rappelle plus très bien comment ça fonctionnait, ni pour quelle raison, mais l’été certains étudiants comme moi étions rémunérés par le département où j’étudiais. Moi et deux autres étudiants étions dans “notre local”, non pas en train de travailler, mais plutôt en train de nous plaindre de notre pauvre sort d’étudiant, quand un des professeurs est entré dans le local.

Je me rappelle maintenant que c’était le second été car nous lui avions alors fait part du fait qu’après deux ans comme “stagiaire”, nous étions dus pour une augmentation de “salaire”. C’est alors que le professeur Koclas (il mérite bien que je lui donne crédit en le nommant) m’a appris la leçon qui me sert maintenant le plus de toutes celles que j’ai reçues à l’école depuis ma tendre enfance. Il nous a dit en riant:

“Je ne vais pas vous faire ça. À cause de la loi du X-2X, si je vous augmente de x dollars par semaine, vous allez dépenser 2x dollars de plus par semaine (2 fois plus). En fais, pour vous rendre service, je devrais vous donner une diminution. Comme ça vous économiseriez d’autant plus!”

Merci Monsieur Koclas!

En fait, c’est seulement maintenant que je vous remercie, car à l’époque je n’étais pas aussi convaincu que je le suis maintenant et j’aurais évidemment préféré l’augmentation (que nous n’avons pas eue en passant).

Paradoxalement, c’est seulement quand on prend conscience de cette loi, de cette force devrais-je même dire, quand on saisit pleinement son ampleur, qu’on peut se permettre de tenter de l’utiliser dans le sens du courant (par exemple accepter l’augmentation…). Sinon, on devrait suivre le conseil du Dr. Koclas et aller en sens inverse (ce qui demande beaucoup de conviction!).

En résumé, ce n’est pas très compliqué cette loi, ce que ça dit c’est: “Plus on reçoit de l’argent (ou plus on en a), plus on dépense. Plus on en perd (ou moins on en a), plus on économise”.

Par exemple, votre patron vous donne un boni de rendement de $500 à la fin de l’année. Enfin! Vous avez l’argent qui vous manquait pour vous payer le voyage que vous vouliez. Celui-ci vous coûte finalement $1260!!

À l’inverse, votre conjoint perd momentanément son emploi. Vous décidez de vous serrez la ceinture. Résultat: 8 mois plus tard lorsqu’il se retrouve un emploi, vous avez économisé et vous vous retrouvez donc avec un peu plus d’argent dans votre compte.

Comme je l’ai mentionné précédemment, la loi du X-2X ne se résume pas qu’à des questions d’argent.

Ainsi, par exemple, on remarque qu’en général, les hommes bâtis comme des armoires à glaces vont habituellement être doux.

Aussi, plus on a du temps devant nous pour effectuer une tâche, plus il y a de chance qu’on l’entreprenne à la dernière minute. À l’inverse, lorsqu’on nous donne un échéancier serré, on commence habituellement très tôt et il nous reste souvent du temps en trop à la fin.

Une expérience intéressante a été effectuée dans ce sens où on a remis un questionnaire à un groupe d’individus qu’on a ensuite divisé en 3 sous-groupes. Tous ceux qui retournaient le questionnaire étaient récompensés, mais on donna un délai de réponse différent pour chacun des 3 sous-groupes: au premier un délai très court (quelques jours), au second un délai long (quelques semaines), et au troisième un délai intermédiaire.

C’est avec surprise (car ils devaient ignorer la loi du X-2X) que les expérimentateurs ont constaté que le plus fort taux de participation était dans le sous-groupe qui avait le délai de réponse le plus court où une grande majorité de participant retournèrent leur formulaire. Contre-intuitivement, c’est dans le groupe ayant le plus long délai de réponse qu’il y eut le plus bas tôt de participation, où en fait très peu de personnes retournèrent le formulaire!

Vous voulez un autre exemple de la magie du X-2X?

Une ville devait résoudre les problèmes de sécurité à un rond-point particulièrement dangereux où les véhicules roulaient à une vitesse folle. Un des problèmes de ce rond-point était son emplacement en plein coeur d’une zone commerciale qui incluait des passages piétonniers.

Vous savez comment les urbanistes ont amélioré la sécurité à ce rond-point? En augmentant la signalisation? En ajoutant des barrières pour les piétons? Eh bien non…! Tout le contraire en fait. Ils ont même ajouté des bancs publiques à proximité des voies routières (sans clôture, ni aucune protection) et rapproché les commerces, etc. En fait, ils ont rendu le rond-point apparent plus dangereux pour les piétons et les voitures n’ont eu autres choix que de ralentir et d’augmenter leur vigilance. Un succès il paraît!

D’autres exemples:

  • Qui sont reconnus comme les plus avares?  Les riches.
  • En écologie, quel peuple gaspille le plus de ressources? Ceux qui en ont le plus! L’eau et les québécois n’en sont qu’un exemple.
  • Dans un party, ce sont souvent ceux qui habitent loin qui partent les derniers.
  • À un rendez-vous, c’est habituellement celui ou celle qui habite le près du lieu du rendez-vous qui est le ou la plus susceptible d’arriver en retard.

Dans les prochains jours, lorsque vous prendrez connaissance de ce qui se passe dans l’actualité et autour de vous en général, vous vous rendrez compte à quel point cette loi est omniprésente.

Vous vous rendrez aussi compte comment notre monde fonctionnerait mieux si la loi du X-2X n’existait pas. Malheureusement, aller à l’encontre de la loi du X-2X implique vaincre une force parmi les plus puissantes et qui prend même de plus en plus de vigueur avec les années: l’inertie de la population, et particulièrement celle des mieux nantis.

7 juillet 2007

Le jour où nous deviendrons tous des héros…

… qui nous sauvera de nous même?

Connaissez-vous la nouvelle tendance dans le monde des super héros? C’est de donner des pouvoirs à Monsieur ou Madame Tout le Monde et de suivre ses aventures alors qu’il ou elle s’adapte à sa nouvelle réalité.

New Universal“ en bande dessinée, “Heroes” à la télévision, et ”Soon I Will Be Invincible: a Novel” en littérature n’en sont que quelques exemples.

L’ultime exemple est toutefois sans aucun doute l’émission de télé-réalité “Who Wants to be a Superhero?” (il y a même une bande dessinée qui l’accompagne) où des concurrents créent des personnages de super héros qu’ils vont personnifier sous nos yeux, avec pouvoirs et costumes, afin de gagner… la chance de devenir un vrai super héro!

Cette tendance s’inscrit dans une mouvance plus globale qui inclut “Wikipedia“, les blogues, les magasins en lignes dont les critiques sont les clients (par exemple, Amazon.com), etc, bref où tous et chacun peuvent laisser leur marque.

Avant il fallait avoir fait ses classes pour s’exprimer ou être “quelqu’un”, maintenant chacun peut trouver ou même créer son forum.

Je ne vais pas trop insister sur les pours et les contres de cette démocratisation des moyens d’expression, car de nombreux analystes s’y sont déjà attardés. Comme plusieurs toutefois je suis préoccupé par le fait que les bonnes sources d’information tout comme les créations artistiques de qualité commencent à se noyer dans la masse. Il est vrai que je prêche souvent par le mauvais exemple avec mes fréquents liens vers Wikipédia. Enfin, il n’y a tout de même pas que du mauvais dans cette vox populi generalis.   

Mais il y a plus inquiétant encore dans cette montée de l’expressionnisme populaire. 

Que chacun des maillons de la masse anonyme ait plus facilement accès à des moyens de s’exprimer, ce n’est pas l’idéal, mais je suppose qu’il y a là un côté thérapeutique qui peut amoindrir ou même annuler l’effet déconstructif de la chose. Que chacun puisse donner son opinion sur tout et même s’improviser spécialiste, là ça commence déjà à faire monter le niveau de bruit de manière dangereuse. Mais lorsqu’on commence à tendre l’oreille à cette masse pour y chercher conseil surtout concernant la gestion publique, je me dis qu’on va trop loin.

C’est pourtant ce qui est en train de se passer avec cette tendance que nous avons, incluant malheureusement nos dirigeants, de nous laisser envahir par les sondages pour nous forger une opinion et même pour prendre des décisions. Je pense entre autre à l’expression “consultation publique” qui vient bien avant les mots “jugement” et ”vision”  dans le dictionnaire (probablement visuel) de nos dirigeants.

Peut-on par la suite se surprendre de leur déresponsabilisation lorsque ça ne tourne pas en leur faveur… Ça ne peut être de leur faute, ils n’ont fait que ce que les électeurs leurs ont demandé.

Il va pourtant falloir s’habituer à ce que ça tourne de plus en plus carré dans notre société si nos décideurs continuent de gérer selon “ce qu’ils entendent de la population” considérant que le QI moyen des membres de la population est de 100!

Monsieur et Madame Tout le Monde ne veulent pas payer d’impôt, mais veulent avoir accès à tous les services de santé et tout de suite. Ils veulent travailler seulement 4 jours par semaine et avoir 2 mois de vacances payés par année. Ils veulent que les routes soient en meilleurs états, qu’il n’y ait plus de pollution, mais ne veulent pas que ça soit eux qui fassent les efforts, mais par exemple les grandes sociétés (sauf celles où ils travaillent et où ils ont investi leur fond de pension), etc.

Les membres de la population sont comme des enfants qui ne veulent que jouer, manger du dessert et se coucher quand ils n’en peuvent plus.

Pour assurer le bien être d’un enfant, il faut un bon parent qui ne lui demande surtout pas son avis, et qui est au contraire là pour l’encadrer et lui dire quoi faire. Plus le lien de confiance sera grand entre un enfant et un parent (ou un tuteur), plus l’enfant sera prêt à sacrifier des instants de plaisirs égoïstes pour passer en mode “création” ou “avancement”.

Il nous manque peut-être ce lien de confiance avec notre classe politique. Il est toutefois difficile de faire confiance quand la “grande personne” n’a pas beaucoup de conviction….

A la fin nous cherchons peut-être tous à devenir des héros pour remplacer ceux que nous avons perdus…

« Page précédente

© 2008 www.nonmaissansblogue.com Tous droits réservés.